Emirates termine l’exercice sur un record qui force l’attention, mais la performance garde une part d’ombre. Son bénéfice annuel net grimpe alors que le Moyen-Orient reste sous pression.
À Dubaï, les annulations, les détours et les cabines moins remplies ont rappelé la brutalité du risque géopolitique. Derrière des résultats financiers spectaculaires, le conflit régional menace encore la demande, les correspondances et la rentabilité des lignes les plus exposées. Le record tient. Son équilibre vacille.
Des comptes au plus haut, mais un mois de mars sous tension
Emirates a annoncé jeudi un bénéfice net annuel de 5,7 milliards de dollars, en hausse de 3 %. La performance couronne un exercice fiscal marqué par des profits record, du 1er avril 2025 au 31 mars 2026.
La fin de période a pourtant perdu de son éclat avec la guerre régionale. Avant impôts, le résultat atteint 6,6 milliards de dollars, tandis que l’impôt sur les sociétés passe de 9 % à 15 %. La compagnie aérienne affiche 6,2 milliards de dollars de bénéfice brut, malgré une baisse des passagers de 1 %, à 53,2 millions.
Le choc iranien freine la reprise du trafic à Dubaï
Le mois de mars a brutalement changé la lecture des résultats. Autour de l’aéroport de Dubaï, le trafic aérien a reculé de 66 % sur un an, après les frappes iraniennes signalées par les autorités locales et la fermeture partielle de routes régionales.
Avant les perturbations du trafic à l’aéroport de Dubaï, la situation du groupe était très positive durant les onze premiers mois de l’exercice fiscal.
Cheikh Ahmed Ben Saeed Al-Maktoum, président-directeur général d’Emirates
Des voyageurs ont retardé leur départ, même après le cessez-le-feu, par crainte d’un nouveau blocage dans le golfe Persique. Emirates a dû gérer des milliers d’annulations de vols sur deux mois, puis relancer ses rotations avec prudence vers son hub.
Fret, carburant et réseau amortissent les pertes
Emirates n’a pas absorbé le choc uniquement par ses avions passagers. Au 31 mars, la compagnie opérait 58 % de sa capacité passagers et avait rouvert 122 destinations dans 65 pays, signe d’un réseau international encore en reconstruction.
La soute a offert un relais de revenus pendant que les réservations voyageurs restaient hésitantes. Les opérations de fret ont donc pesé dans l’amortissement, avec une couverture carburant prolongée jusqu’en 2028-2029 pour réduire l’exposition aux variations des prix de l’énergie.
Un bénéfice record qui masque une forte vulnérabilité
Les comptes restent brillants, y compris chez Dnata, avec 437 millions de dollars de bénéfice avant impôts, en hausse de 2 %. La dépendance au hub de Dubaï rappelle pourtant le poids des risques géopolitiques dès qu’une crise ferme l’espace aérien régional.
Cheikh Ahmed Ben Saeed Al-Maktoum espère un retour durable au calme autour du golfe Persique. Sans stabilité des marchés, le record financier d’Emirates peut vite se transformer en performance sous surveillance, portée par la demande mais exposée aux secousses militaires.







