Fermée durant des années, la Chine veut reprendre la main sur son récit et ouvrir ses portes sans renoncer à la mise en scène d’une puissance sûre d’elle.
Le retour des voyageurs sert ici bien plus qu’une relance touristique. À travers une ouverture aux visiteurs étrangers, Pékin travaille son image, affine son soft power chinois et répond à la rivalité avec Washington, alors que visas assouplis, liaisons renforcées et vidéos léchées composent une invitation très politique, pour gagner des touristes et peut-être bien plus.
Un virage d’image après les années Covid
Après la réouverture, le souvenir des années pandémiques a continué de peser sur la réputation du pays. Aux yeux d’une partie des voyageurs, la fermeture des frontières prolongée et une gestion sanitaire contestée ont installé l’idée d’une Chine opaque, peu accessible, loin des circuits touristiques habituels.
Pékin cherche désormais à corriger cette trace durable par des campagnes d’accueil, des formalités allégées et une communication plus directe. Ce travail vise à rendre visible le retour des arrivées internationales, signe d’un pays rouvert sans effacer l’épisode précédent.
Le visa sans formalités, vitrine d’une Chine plus accueillante
Le geste le plus visible prend la forme d’un assouplissement migratoire pensé comme une vitrine. Pour relancer les voyages, Pékin a élargi l’exemption de visa, autorisant un séjour de 30 jours pour les visiteurs de plusieurs marchés ciblés, à des fins touristiques, familiales ou professionnelles.
La France fait partie des pays européens concernés, au même titre que d’autres États auxquels la Chine tend la main. Présentée comme une mesure unilatérale chinoise, cette ouverture dépasse le simple tourisme : elle sert à montrer un visage plus souple, à encourager les échanges et à rappeler que le pays veut redevenir fréquentable malgré les crispations géopolitiques.
Pourquoi la Chine revient dans les envies de départ
Depuis 2024, la Chine retrouve une place visible dans les projets des voyageurs européens, surtout chez les plus jeunes. Cette remontée tient à la curiosité pour l’Asie, à ses métropoles spectaculaires et à un imaginaire culturel nourri depuis des années par la Corée du Sud, le Japon. Quelques prix parlent.
- À Shanghai, une auberge moderne peut revenir à 15 € la nuit.
- Un ticket de métro y coûte autour de 0,50 €.
- Un repas simple se trouve autour de 3 à 4 €, avec des trajets en train de trois heures entre 20 et 30 €.
Les plateformes visuelles accélèrent déjà ce retour et changent les imaginaires. Sur TikTok et Instagram, la visibilité sur les réseaux sociaux installe l’idée d’un voyage à petit budget : à Shanghai, 15 € la nuit, 0,50 € le métro, 3 à 4 € le déjeuner simple.
Une destination encore exigeante hors des grandes villes
Quitter Pékin, Shanghai ou Xi’an change vite l’expérience du voyage. Dans des provinces moins fréquentées, la barrière de la langue demeure réelle, l’anglais étant peu présent, ce qui complique les trajets, les réservations et les échanges du quotidien pour visiteurs sans relais local.
À cela s’ajoutent des habitudes numériques qui déconcertent vite. Entre l’écosystème numérique chinois, Google Maps bloqué et les paiements mobiles locaux sur place, un circuit avec agence garde un vrai intérêt dès que vous quittez les grandes villes, surtout pour un trajet rural ou en train.
Influenceurs, trains rapides et villes saisissantes
Sur TikTok, YouTube et Instagram, des créateurs cadrent une Chine fluide, spectaculaire et bien moins chère qu’attendu. Ils montrent le train à grande vitesse, puis détaillent les prix à Shanghai : 15 euros l’auberge correcte, 50 centimes le métro, 3 à 4 euros le déjeuner. Trois heures de rail y coûtent 20 ou 30 euros.
Leur récit s’appuie sur des panoramas qui frappent vite : les monts Tianzi de Zhangjiajie, la rivière Li ou le mont Tianmen. La vision d’une Chongqing futuriste, métro glissant dans les tours et néons de cinéma, concentre à elle seule des millions de vues sur internet.
Des liaisons aériennes plus nombreuses depuis la France
Le réseau aérien s’étoffe depuis la France désormais, pour les voyageurs français qui ne passent plus seulement par Pékin ou Shanghai. Depuis 2024, la liaison Marseille-Shanghai, opérée par Shanghai Airlines, vole trois fois par semaine ; la ligne Paris-CDG – Chongqing, chez Hainan Airlines, assure deux rotations hebdomadaires.
Pour le public français, ce gain de temps modifie l’expérience dès l’achat du billet. Les vols directs entre la France et la Chine relient maintenant huit villes chinoises depuis Paris, hors Hong Kong, avec Xi’an, Chengdu, Chongqing ou Xiamen. Résultat, des régions moins encore visitées deviennent plus accessibles, sans détour ni correspondance longue.
Le tourisme comme levier diplomatique face au recul américain
Depuis Pékin, l’ouverture touristique prend une teinte géopolitique assumée. Sur fond de baisse des visiteurs américains et sans exemption de visa unilatérale de 30 jours pour les ressortissants des États-Unis, la Chine cible l’Europe, le Moyen-Orient et l’Amérique du Sud afin de renforcer des liens culturels internationaux plus durables.
Les chiffres donnent du poids à cette manœuvre : en 2025, le pays a accueilli plus de 82 millions de visiteurs étrangers, dont plus de 30 millions sans visa, soit +49,5 % sur un an. Pékin y lit une diplomatie par les voyages : montrer ses villes, ses trains rapides et son patrimoine pour étendre son influence auprès du Sud global, tandis que la rivalité avec Washington demeure encore vive.







