À Bruxelles, le verdissement du transport aérien bute déjà sur une réalité industrielle plus dure que prévu. Derrière les promesses, des compagnies aériennes européennes demandent un report de l’échéance, sans garantie.
Le cap de 2030 demeure inscrit dans la feuille de route européenne, avec une montée rapide des carburants non fossiles. Au fil des débats, le règlement RefuelEU se heurte à des volumes minuscules, à des coûts élevés et à une production de synthèse loin des annonces. La pression climatique, elle, ne ralentit pas.
Un objectif de 6 % de SAF maintenu sous condition de prix
À Bruxelles, Airlines for Europe a plaidé jeudi pour garder la cible européenne fixée à 6 % de SAF en 2030, tout en liant son application à l’évolution du marché et aux volumes réellement disponibles. Le message vise directement la Commission européenne, sommée d’éviter une obligation intenable pour les compagnies.
Pour A4E, le cap peut être tenu à partir du seuil de 2 % déjà prévu par RefuelEU depuis 2023, mais à une condition claire. Une incorporation de SAF plus rapide suppose une baisse des prix ; sinon les carburants non fossiles resteraient trop chers dans l’Union et les coûts pour les transporteurs grimperaient avant les paliers de 20 % en 2035 puis 70 % en 2050.
Pourquoi les carburants synthétiques restent trop rares en Europe
Le point de blocage vise surtout l’obligation européenne de 1,2 % de carburants synthétiques en 2030. Ces volumes exigent du CO2 capté, beaucoup d’électricité bas carbone et des projets industriels encore rares, alors que les usines annoncées avancent moins vite que le calendrier fixé par Bruxelles.
Selon A4E, les sites ayant déjà fait l’objet d’une décision finale d’investissement ne couvriraient que 0,71 % des besoins visés par l’Union européenne à cette date, malgré plusieurs annonces publiques récentes. Le retard de la production d’eSAF tient aussi au coût de l’hydrogène vert, qui renchérit chaque tonne et pousse les compagnies à demander un report.
Entre contraintes industrielles et pression climatique sur le transport aérien
Le débat ne porte pas sur la destination finale, mais sur la cadence. Les compagnies disent viser 2050, comme l’Union européenne, avec un horizon de 70 % de SAF et 35 % de carburants synthétiques, tout en dénonçant un calendrier industriel jugé trop serré pour les raffineries et les aéroports.
La pression reste forte, car l’aviation pèse près de 3 % du CO2 mondial et sa trace climatique ne se limite pas à ce seul gaz. À cela s’ajoutent les émissions du transport aérien hors CO2, les traînées de condensation et la course vers la neutralité carbone, qui place Bruxelles face à un arbitrage délicat.







