Ces deux châteaux dans le ciel en Charente fascinent autant par l’architecture que par l’histoire

deux chateaux dans le ciel

Voyage

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À quelques kilomètres l’un de l’autre, la Mercerie et Villebois-Lavalette apparaissent comme deux mirages de pierre. Leur silhouette suspendue, chère au patrimoine charentais, trouble le regard et coupe l’élan soudain.

Rien ici ne tient du décor figé, l’un garde la démesure d’un palais inachevé, l’autre la gravité d’une place forte. Pour une escapade culturelle, ce face-à-face donne au tourisme en Charente une densité rare, entre terrasses, remparts, jardins, traces enfouies et salles rouvertes après des décennies d’ombre. Puis silence, sans autre explication.

La Mercerie, un palais inattendu au cœur du Sud-Charente

Au détour d’une route vallonnée du Sud-Charente, la surprise est nette. Rien n’annonce une demeure de cette ampleur, posée près de Magnac-Lavalette-Villars, où la pierre claire, la longueur du bâti et l’isolement relatif composent presque un mirage dans la campagne.

Le choc vient ensuite de l’échelle. Avec ses 220 mètres, le château de la Mercerie déploie une façade Renaissance qui lui a valu le surnom de petit Versailles charentais, tant le contraste frappe entre cette scénographie monumentale et le calme des paysages charentais.

Les frères Réthoré, à l’origine d’un chantier hors norme

L’histoire change d’échelle en 1924, lorsque deux frères rachètent un domaine de 600 hectares dominé par un château néogothique. Leur fortune vient des machines de nettoyage à sec, et le projet prend vite une ampleur peu commune avec des ajouts qui redessinent tout l’ensemble.

  • grandes salles de réception
  • chambres et vestibules
  • orangerie
  • décors d’acajou et d’azulejos

Le projet dépasse vite la maison de campagne et prend la dimension d’un vaste ensemble de réception. Chez les frères Réthoré, l’ambition touche à la fois au prestige social et à la vie publique : Raymond Réthoré devient maire en 1932 puis député de Charente en 1936, tandis que Alphonse Réthoré conduit dès 1939 un agrandissement spectaculaire avec des artisans formés sur place et des œuvres venues de France et d’Europe.

Quand la splendeur bascule, puis renaît grâce aux bénévoles

La mécanique s’enraye après les années fastes, entre revenus en baisse et placements malheureux. À la disparition des propriétaires, le domaine se vide peu à peu, change de mains en 2008, puis laisse derrière lui des salons fanés, des décors fragilisés et des jardins repris par le temps.

Le rebond naît en 2011, quand la commune obtient un bail de longue durée. Ce bail emphytéotique de 75 ans a relancé la restauration du patrimoine avec l’appui des bénévoles du château, actifs dans les salles comme dehors, où la roseraie de 700 pieds redonne au parc une part de son éclat.

Villebois-Lavalette, une forteresse posée entre Angoumois et Périgord

Depuis la route, sa masse domine le relief et fixe d’emblée la ligne d’horizon. Entre Angoumois et Périgord, l’implantation du site n’a rien d’un caprice : le promontoire surveille les passages, commande le bourg et rappelle une vocation défensive vieille de près de mille ans.

La visite guidée éclaire cette profondeur historique. À Villebois-Lavalette, une première fortification de bois a précédé la citadelle médiévale remaniée au fil des siècles, encore lisible dans ses murailles hérissées de tours, ses accès contrôlés et son dialogue constant avec le paysage charentais.

Des lignées rivales aux vestiges enfouis, le vertige des siècles

Les pierres racontent une suite de transmissions, d’alliances et de ruptures qui ont changé plusieurs fois le visage du château. Les guerres de Religion y ont laissé leur marque, sur fond d’affrontements politiques, de rivalités nobiliaires et de pouvoirs qui se disputaient cette place forte charentaise.

Sous les pas des visiteurs, l’archéologie relance la curiosité. La chapelle castrale, où 29 personnes furent inhumées entre le XIe et le XVe siècle, voisine avec une cour rehaussée de plus de 3,5 mètres et avec une salle redécouverte en 2006, preuve que le site garde encore une part d’ombre.

Autour des châteaux, un village vivant et des haltes bien choisies

Le village prolonge la visite sans casser le charme du détour. Classé Petite Cité de caractère, il réunit ruelles anciennes, couvents, maison du Sénéchal et halles du XVIIIe siècle, tandis qu’une savonnerie associative fait vivre, au centre, un autre visage du patrimoine local.

Pour souffler, deux adresses donnent le ton. Le Vintage Jazz Café sert un café à 1 euro dans un décor chiné, tandis que l’Auberge du Boisné, portée par la cheffe Margaux Élie, propose une table de terroir autour de 30 euros le midi et 40 euros le soir ; comptez 12 euros à la Mercerie, 5 à 6,50 euros à Villebois-Lavalette, gratuit pour les moins de 12 ans.

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