À Barcelone, la Sagrada Familia vient de couronner la tour du Christ par une croix monumentale, portant la silhouette de la basilique à 172,5 mètres et redessinant la ligne d’horizon de la ville.
Longtemps figée dans la poussière des échafaudages, la basilique moderniste voit ce sommet devenir un signal spirituel autant qu’architectural. Derrière cette prouesse, un chantier centenaire à Barcelone continue de mobiliser artisans et ingénieurs, fiers d’atteindre la hauteur record de l’édifice tout en guettant la future inauguration du 10 juin, pour la ville entière annoncée comme un moment clé, mais encore entouré de nombreuses interrogations.
Une journée décisive à Barcelone, avec la pose de la croix au sommet
Au matin du 20 février, Barcelone s’est arrêtée pour regarder la tour de Jésus-Christ de la Sagrada Familia atteindre enfin sa hauteur définitive de 172,5 mètres. Plus de 140 ans après le début des travaux en 1883, la basilique imaginée par Antoni Gaudí voyait se hisser la dernière pièce manquante de ce clocher central. Les cloches des quartiers voisins ont accompagné le ballet des grues, transformant cette opération millimétrée en cérémonie urbaine.
Les techniciens postés sur les plateformes entourant la flèche surveillaient en silence la progression de l’énorme croix. Au-dessus d’eux, le bras supérieur de la croix franchissait lentement la ligne du ciel barcelonais, guidé par des câbles de levage tendus depuis le sol et par des vérins hydrauliques ajustés au millimètre. La phase finale, jugée historique par le comité de construction, a donné lieu à une vaste retransmission sur les réseaux sociaux suivie par des milliers de spectateurs.
Une croix de 15 000 pièces de céramique, défi technique et symbole pour l’édifice
Perchée au sommet de la tour de Jésus-Christ, la nouvelle croix mesure 17 mètres de haut pour 13 mètres de large et repose sur une base structurale totalement intégrée au clocher. Les équipes de la Sagrada Familia ont assemblé près de 15 000 pièces de céramique, fabriquées dans des ateliers spécialisés de Catalogne, avant de les fixer une à une sur la surface extérieure. Ce patient travail donne à l’ensemble un relief vibrant au fil des heures.
À distance, la croix semble lumineuse et presque immatérielle. Les architectes décrivent pourtant un subtil dégradé de sept nuances de blanc qui répond à la lumière de Barcelone, posé sur une structure à quatre bras en béton armé et acier capable de supporter charges et vents dominants, au prix d’une véritable prouesse d’ingénierie. L’ouverture de ce sommet reste encadrée, un accès du public en 2028 étant désormais évoqué par le comité de la basilique.
Un chantier encore loin d’être bouclé, entre retards et tensions sur la façade de la Gloire
Le jalon atteint par la tour du Christ ne signifie pas la fin du chantier, initialement annoncé pour 2026, loin de là. L’architecte en chef Jordi Faulí rappelle que près de 80 % de la Sagrada Familia sont édifiés, mais la réalisation de la façade de la Gloire reste le point le plus délicat. Plans historiques, contraintes urbaines et mémoire des habitants s’y entrechoquent, alimentant débats politiques et recours juridiques successifs.
À cette équation s’ajoutent encore des facteurs économiques fragilisés par la pandémie. La crise du Covid-19 et tourisme a brutalement réduit les visites et donc les revenus du comité de construction, presque entièrement financé par la billetterie. La façade de la Gloire devait être reliée à la rue Mallorca par un vaste parvis et un escalier monumental prévu, ce qui impliquerait une démolition d’immeubles contestée par des riverains inquiets pour leurs logements.







